| Éric Séva, du bary au nino Le saxophoniste Éric Séva sortait ces jours-ci son deuxième album en tant que leader (voir et écouter ici). Plutôt joueur de baryton et de soprano (voir le sopranino), il vient d'achever une période bien remplie avec notamment albums et tournées de l'ONJ et Chris Réa. Il a bien voulu répondre à nos questions. |
Soufflez.net -Éric, dans une carrière de saxophoniste, comment et pourquoi décide-t-on de se consacrer principalement aux baryton et soprano ? Éric Séva -J'ai toujours beaucoup joué de soprano dans différents contextes. C'est, je pense mon instrument de prédilection. J'aime le chant de cet instrument que j'entends entre une voix et un cor anglais. Pour le baryton, l'idée de m'y
consacrer sérieusement est venue en 2003 quand j'écrivais la musique de l'album Folklores Imaginaires. J'adore le lyrisme de cet instrument, le faire chanter. Ayant une approche musicale très rythmique, j'aborde le baryton comme "un gros ténor" , ce qui me permet de naviguer entre différents rôles.  S.net -D’ailleurs pourquoi ce grand écart baryton, soprano, sopranino ? É.S. -C'est le son que j'ai envie d'entendre et les instruments que je souhaite utiliser dans mes projets. Au delà de l'écart important qui existe entre ces instruments, composer une musique autour de ces trois instruments me fait aller sur de nouveaux terrains musicaux. Dans la composition comme dans l'improvisation. Ça rompt les habitudes
 S.net -As-tu travaillé plus particulièrement pour ne pas avoir de souci, lorsque tu passes du baryton au soprano en concert ? É.S. -C'est une question que l'on me pose souvent... Dès que je prends un instrument je rentre dans le son de cet instrument. Je m'adapte immédiatement à l'embouchure, à l'instrument. Le lieu commun, la chose importante étant le placement de la colonne d'air, la façon dont on souffle dans l'instrument. Je ne me pose pas de questions, ça me simplifie considérablement la vie surtout pour passer d'un sax à l'autre.
S.net -Sur l’album de Chris Réa, The Blue Jukebox, nous avons découvert le blues d’Éric Séva au ténor. Tu es très présent sur cet album, est-ce un travail de studio comme un autre ou une rencontre plus profonde entre 2 artistes ? É.S. -Travailler pour quelqu'un demande de se mettre au service de la musique qu'il y a à jouer, de la comprendre, tout en y apportant sa personnalité. Dans le cas de cette collaboration avec Chris Réa j'avais beaucoup de place pour jouer, sur le disque et sur scène pendant la tournée. Ca a été effectivement une très belle rencontre. Chris est un musicien d'une grande générosité et très sensible. Il sait ce qu'il veut, mais une de ses grandes qualités est de faire confiance et de mettre en confiance les musiciens avec lesquels il collabore.
S.net -Tu y fais beaucoup de « remplissage », comment se fait ce travail ? As-tu été le dernier à enregistrer les pistes ou as-tu intégré le processus d’enregistrement depuis le début ? É.S. -Il m'a laissé jouer pendant les séances d'enregistrement. L'ambiance était très relax, la musique s'est placée naturellement. Parfois les morceaux étaient avancés quand j'ai enregistré, parfois il avait une idée et les choses se construisaient au fur et à mesure.
 | S.net -Comment s’organisent tes séances de travail ? Es-tu plutôt du genre soprano du matin et baryton du soir, et ténor le dimanche ? É.S. -J'aime travailler le matin, commencer tôt. Pour les instruments je n'ai pas de préférence. |
S.net -T’astreins-tu toujours à un travail technique, ou travailles-tu principalement sur l’improvisation ? É.S. -Je travaille la technique, le son, l'improvisation, l'oreille... j'écoute de la musique, je relève des choses qui me plaisent. S.net -Tu viens de passer 3 années avec l’ONJ, comment cela s’est-il passé ? Côté rencontres, as-tu lié des liens particuliers avec certains autres membres ? É.S. -C'était une très belle aventure musicale et humaine aussi. Trois ans sur la route à beaucoup jouer et voyager permet de développer la musique de la faire mûrir, ça crée aussi des affinités.
S.net --Sur ton nouvel album, Espaces Croisés, tu associes tes saxophones à l’accordéon après les avoir associés à la guitare d’Olivier Louvel dans ton quartet. Tu recherches ces associations sonores particulières ? É.S. -La chose qui me préoccupe le plus c'est de trouver un son de groupe, rechercher des mélanges de timbres, essayer différentes combinaisons de sons de textures dans les thèmes. D'où l'importance de choisir une instrumentation qui permet d'aller vers une certaine originalité. L'instrumentation particulière dans ce disque Espaces Croisés et l'absence volontaire de basse nous a permis d'essayer différentes combinaisons de sons, de textures et de rôles. Ces associations sonores sont de plus en plus importantes dans ma recherche, toujours guidé par cette notion de faire voyager la musique. De part leurs personnalités William, Lionel et Pierre-François ont apporté dans ce projet de nombreuses propositions.
S.net -Est-ce le travail effectué avec Franck Tortiller sur Sentimental ¾ qui t’a donné envie d’enregistrer avec l’accordéon ? É.S. -Non. Cet instrument que j'aime particulièrement a bercé mon enfance et il y a longtemps que j'avais envie de monter un groupe avec un accordéon. Le mélange des timbres avec les saxophones baryton et soprano est riche et complémentaire. J'adore l'approche et la générosité de Lionel, c'est un merveilleux musicien que j'ai rencontré à l'ONJ. S.net -Quel est ton processus de composition ? Travailles-tu au piano, ou encore avec les outils informatiques ? É.S. -Je réunis des idées qui sont notées sur des cahiers ou sur mon dictaphone, idées que je développe ensuite et qui deviennent des compositions. Je travaille aussi avec le piano. Je me sers de l'ordinateur pour enregistrer et voir comment ça sonne, j'utilise Pro Tools. S.net -Sur tes albums tu pratiques souvent le rerecording pour avoir plusieurs voix de saxophones. As-tu pour projet d’enregistrer un jour avec d’autres soufflants ? É.S. -Le rerecording dont tu parles permet d'obtenir une certaine couleur, mais pour un futur projet j'aimerais enregistrer avec d'autres instruments à vents. S.net -Peux-tu nous parler de ton matériel ? É.S. -Le baryton est un Selmer Super Action série II avec un bec Pascal Brancher. Le soprano un Selmer Super Action série III avec un bec Bari. Le sopranino est un prototype Selmer avec un bec Vandoren. Pour les anches de baryton et de soprano ce sont des Bari. Pour le nino ce sont des anches Vandoren de clarinette en Mi bémol !
| S.net -Côté sonorisation des instruments, as-tu des exigences ? É.S. -En studio j'aime enregistrer avec un très vieux micro à ruban, un RCA et un Neumann U87 à lampe. Pour la scène ça dépend, dernièrement j'ai essayé des micros formidables, des DPA [voir ici].  |
S.net -Quel est le dernier Cd que tu aies écouté et particulièrement apprécié ? É.S. -C'est un concert qui m'a complètement bouleversé. Il y a quelques jours je suis allé écouter Dave Liebmann invité par l'Ensemble Intercontemporain. Ce concert restera un souvenir incroyable, une musique qui réunit toutes les musiques dans une liberté et une expression totale... C'était magique! S.net -Quels sont tes passe temps autres que la musique ? É.S. -M'occuper de ma famille. Jardiner mettre les mains dans la terre, marcher dans la montagne, faire à manger, recevoir la famille les amis, déboucher une bonne bouteille, partager, avoir du temps pour profiter de la vie...
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