Oscar Utterström, tromboniste éclectique et électrique
Le tromboniste Oscar Utterström fait partie de ces musiciens qui n'ont pas d'œillères et qui font bouger le jazz d'aujourd'hui. Il n'hésite pas à inviter des DJs sur ses concerts et son premier album (voir ici) qui vient de paraître, et c'est un familier des effets électroniques sur le trombone.Nous lui avons posé quelques questions sur ce premier album, sa façon de travailler et son matériel.
Soufflez.net - Comment as-tu composé la musique de ton premier album ? D’où
viennent tes idées ?Oscar Utterström - Je m’inspire et je suis influencé par beaucoup de choses. J’aime beaucoup notamment lorsque la musique improvisée et le jazz sont mélangés à d’autres styles comme le rock et le funk. J’essaie d’écrire des thèmes chantables, des mélodies pas compliquées, ce qui est facile avec le jazz. Certaines compos, comme Generations et Ragnar ont été écrites en 2001 lorsque j’étais à la Berklee à Boston. Les autres sont plus récentes. Et puis la pression des séances de studio arrivant, cela t’aide à terminer les compositions !  S.net – Les morceaux sont du Oscar Utterström à part entière, ou as-tu composé avec les musiciens de ton groupe ?O.U . – J’ai écrit les thèmes, mais ils n’ont vraiment été terminés que lorsque nous les avons joués ensemble. Les musiciens ont apporté leur touche personnelle pour le groove ou des lignes de basse par exemple.S.net – Deux thèmes ont des titres français… ?O.U. – J’ai vécu en Belgique de 1992 à 1999 et j’ai toujours aimé la culture française. Réalité décrit cette chanson mieux que n’importe quel terme anglais, et c’est la même chose pour le vent et le soleil qui décrit la joie que l’on peut ressentir aux premiers jours de l’été. Deux thèmes ont également des titres suédois, Ragnar et Päronsoda. Ragnar est un vieux nom suédois qui va bien au morceau qui a des airs de chant folk suédois. Päronsoda, jus de poire, est le nom d’une boisson suédoise….S.net – Penses-tu que tes racines européennes influencent ton approche du jazz, et la façon dont tu le joues ?O.U. – Absolument ! Vu que le jazz est né ici aux USA, les règles sont assez strictes sur ce qui est ou n’est pas jazz. Les européens sont beaucoup plus enclins à faire évoluer le jazz que les américains. Nous mixons au jazz nos musiques traditionnelles, nos rythmiques et nôtre langage. Le jazz est un langage et il y a certains « mots » ou du vocabulaire qui sont la norme. C’est bien, mais un trompettiste français aura une articulation et une approche différentes qu’un trompettiste de langue germanique. Compare Erik Truffaz et Nils-Petter Molvaer, c’est un bon exemple pour voir comment ces excellents trompettistes laissent transparaître leur culture respective dans leurs improvisations, leur façon de parler somme toute.
S.net - Tu joues actuellement dans plusieurs formations, et des styles complètement différents (salsa, brass band, funk, jazz)..Tu t’en sors ?O.U . – Vu que le trombone n’est pas utilisé très couramment dans la musique d’aujourd'hui, il est important de pouvoir jouer les styles qui lui sont plutôt dévolus. J’habite à Nashville, et c’est une ville tellement ouverte que j’ai eu la chance d’y jouer dans des brass bands avec des gens de la Nouvelle Orléans, de jouer de la salsa avec des musiciens d’Amérique du Sud, etc.. Je n’ai aucun problème à changer de style. Après tout, ça reste de la musique !
 S.net – Y a-t-il un style musical que tu n’as pas encore joué et qui t’intéresse ?O.U. – Il y a tellement de musiques différentes, mais j’aimerai bien jouer de la musique indienne et aussi africaine.
S.net – Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de jouer avec des effets électroniques ?O.U. – Tu sais, Miles Davis, Eddie Harris, Urbie Green utilisaient des effets il y a déjà longtemps. La première fois que j’ai entendu ça c’était par le tromboniste suédois Nils Landgren. Aujourd’hui c’est devenu assez courant, notamment lorsque le jazz se mélange au funk et à l’électro. Moi je vois l’utilisation des effets électroniques aussi normale que celle des sourdines. Je les utilise comme un effet pour apporter un plus à ton son ou au thème. J’utilise aussi la voix comme effet sur plusieurs titres de mon album. Par exemple, ma femme, la chanteuse Christina Watson, double la mélodie du trombone sur Réalité. Â
S.net – Parlons de ton matériel …trombone et accessoires…. O.U. – Je joue principalement sur un trombone King 2b de 1942.Mon embouchure est une LM-60. Ces embouchures sont fabriquées par Barry Green ici à Nashville, c’est un des meilleurs trombonistes en ville. On les appelle embouchures Loud et elles sont en acier. J’utilise peu les sourdines si ce n’est une « plunger » et une "bucket".S.net – Changes-tu de trombone suivant le style de musique joué ?O.U. – J’ai un King 3b que j’utilise parfois en big band ou en salsa, et un Conn 88H pour le classique.S.net – Et au niveau électronique ?O.U. – Ce qui est marrant avec les effets c’est que parfois les pédales les moins chères sont celles qui sonnent le mieux ! c’est à force d’essais (et d’erreurs !) que tu trouves ce qui est le mieux tu as le choix entre les effets en pédale ou en rack. J’utilise une cellule Audix en micro. Pour les effets :une vieille pédale de disto DOD, un phaser et auto-wah Denelectro, un giga delay Boss qui fait aussi Super Shifter, et une pédale wah-wah Cry Baby.
 S.net – Joues-tu d’autres instruments ?O.U. – Oui je joue du piano depuis l’âge de 7 ans.
S.net – Tu enseignes le trombone, y a-t-il des problèmes récurrents que tu as rencontré chez les jeunes trombonistes ?O.U. – Ce qu’ils ont du mal à comprendre, c’est le travail de la colonne d’air. Sinon, ensuite le souci c’est la motivation ! S’organiser entre l’école, le sport, et le trombone, ce n’est pas simple lorsque tu es ado ! Et puis côté littérature musicale, les méthodes des années 50 sont encore très utilisées ici. Alors que par exemple le tromboniste Michael Davis a sorti de bonnes choses dernièrement, tout comme les éditions du Berklee College of Music. Pour ma part je travaille sur des petits duos pour s’exercer sur les intervalles et l’intonation.S.net – Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune tromboniste qui voudrait se mettre au jazz ?O.U. – Il faut écouter un maximum de trombonistes ! Il y a tellement de choses accessibles facilement aujourd’hui. Des vidéos sur Youtube ou du son sur la radio en ligne Groovebone. Et puis il faut aussi aller voir des concerts, pour réaliser qu’il n’y a pas que le classique et le jazz jouables au trombone. Tu peux bosser autant que tu veux les gammes et les exercices, mais si tu n’entends comment ça peut sonner dans le contexte musical, tu n’en feras rien de bien.  S.net – Quel est le dernier CD que tu as écouté et apprécié ?O.U. – Esbjörn Svensson Trio (e.s.t.) Live in Hamburg.S.net – As-tu d’autres passe-temps que la musique ?O.U. – Euh.. Pas vraiment ! J’aime bien voyager et les langues étrangères. Sinon entre mes cours et mes concerts, j’ai bien peur que la musique ne prenne tout mon temps !
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